Secteur de l’électricité : Privatisation rampante et discrète !

mardi 17 août 2010, par Burkinapmepmi.com

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Mardi 11 mai 2010, l’Assemblée nationale a entériné la décision prise en Conseil de ministres de retirer la Sonabel de la liste des sociétés à privatiser. Plus d’une personne a applaudi cette mesure. Chacun pensait avoir échappé au spectacle en vigueur dans certains pays comme le Sénégal. Bien peu ont fait attention dans ces conditions à l’annonce furtive parue dans la presse. Une société Canadienne serait autorisée à construire une centrale électrique au Burkina Faso. Elle produirait de l’électricité qui serait distribuée par la Sonabel. Auprès des gens bien-pensants, cette mesure serait l’idéal pour en finir avec les perturbations fréquentes dans la distribution de l’énergie électrique.

Faut-il comme eux s’en réjouir ? Peut-être pas. D’abord, cette annonce sonne comme un aveu d’échec de ce qui tient lieu de politique de la Sonabel. Pendant de longues années en effet, la Société nationale d’électricité du Burkina a tenu son public dans l’espoir d’une fourniture sans accroc de l’électricité dès lors qu’elle aurait parachevé son interconnexion avec la Côte d’Ivoire. L’interconnexion est venue. Mais le consommateur a eu le sentiment d’une aggravation de son sort tant les coupures se sont multipliées. En particulier la saison chaude de 2010 a battu tous les records. Les dirigeants de la Sonabel ont alors pointé du doigt le voisin ivoirien, lequel vivait lui-même une situation de pénurie. Pour calmer les esprits, on a alors laissé entendre qu’une autre interconnexion était en préparation avec le Ghana, l’autre pays voisin qui nous fournirait de l’électricité via la Côte d’Ivoire. Quand aura lieu ce miracle ? Silence !

Et voilà qu’arrive un canadien

Sur l’ensemble, on réalise que la seule politique d’approvisionnement en électricité du Burkina passe par une fourniture extérieure. A aucun moment il n’apparait un projet national de production d’électricité. Or on se rappelle que la Kompienga était présentée comme le début d’une série de réalisations qui devait assurer l’autosuffisance du pays en électricité. On citait alors Bagré, Samandéni et même le Noumbiel comme autant de futures réalisations hydro-électriques. Signe des temps, lors du lancement des travaux de Samandéni, le volet hydro-électricité a quasiment disparu des discours. Il ne restait plus que les réalisations agricoles. Faut-il en déduire que le Burkina Faso a tourné le dos à son autosuffisance en électricité ? Il faut bien craindre une réponse négative. L’appel à l’investisseur canadien plaide pour cette issue. Mais cela cache autre chose. On peut avoir recours à tous les argumentaires voulus. L’arrivée d’un investisseur privé, fût-il canadien, marque un coût d’arrêt au monopole de la Sonabel dans la production et la commercialisation de l’électricité au Burkina Faso. Cette intrusion se fait par-dessus le marché de la pire manière en ce qu’elle intervient dans la partie la plus sensible de la politique énergétique du pays : la production. Qu’on le veuille ou non, cette option fait désormais de la Sonabel un prestataire de services aux ordres d’une compagnie étrangère.

Cela n’est pas sans conséquence. La première et que les Burkinabè expérimenteront le plus tôt sera le « débridage » des prix de l’électricité. C’est en effet le producteur qui est maître des prix du marché. Et il n’est pas à douter que ceux-ci seront tirés vers le haut. Une seconde conséquence sera perçue comme symbolique alors qu’il faudra la considérer avec plus de sérieux. La Sonabel a toujours été classée parmi les entreprises par lesquelles le Burkina tient sa souveraineté au même titre que son drapeau ou son armée. C’est du reste au nom de cette souveraineté que l’entreprise a été sauvée de la privatisation. Que devient dès lors une souveraineté pliée à un de ses angles essentiels par une main étrangère ? L’arrivée de l’opérateur canadien révèle une astuce des politiques de privatisations. Celle-ci consiste à introduire la concurrence dans des domaines où celle-ci est généralement perçue comme un non-sens. Malheureusement nous habitons un pays si poreux aux influences étrangères que toute réflexion autonome nous échappe désormais. Sinon nos dirigeants auraient pu méditer les expériences en la matière des pays qui avant nous ont livré leurs secteurs stratégiques aux lois du marché. L’Argentine, la Bolivie, en partie la Grande Bretagne ont chanté avant nous avec les sirènes. Ils sont revenus à la triste réalité : les lois du marché comme toute autre lois comportent des exceptions incontournables. Sans doute déchanterons-nous aussitôt ou tard. Dans l’immédiat, nous savons jouer les contorsionnistes. Cela permet aux responsables de la Sonabel, aux responsables tout court de voler de promesses en promesses. Hier la Côte d’Ivoire, demain le Ghana puis le Canada. Pendant ce temps on invente la privatisation rampante pour repeindre aux couleurs du savoir-faire les injonctions de Brettons Wood. Le malheur, notre malheur c’est que la Banque Mondiale, le FMI sont des conseillers et que les conseillers sont rarement les payeurs le moment venu

Pascal KABORE

Source : independant.bf

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